Hypnose : le guide honnête
L’hypnose n’est ni un sommeil, ni un pouvoir. C’est un état d’attention très concentrée, où l’on répond plus facilement à la suggestion.
L’hypnose implique une attention concentrée, une conscience réduite de ce qui se passe autour, et une capacité accrue à répondre à la suggestion. C’est d’ailleurs, presque mot pour mot, la définition adoptée en 2015 par la division 30 de l’Association américaine de psychologie (APA).
J’ai une certification d’hypnothérapeute. C’est une certification privée, pas un diplôme médical, et je tiens à le dire. Justement parce que je pratique, je vais vous parler de ce qui est prouvé, de ce qui ne l’est pas, et de ce qui relève du fantasme.
L’hypnose mérite mieux que les promesses miracles. Elle mérite d’être prise au sérieux, avec ses limites.

Ce que l’hypnose est
- Un état d’attention focalisée, proche de l’absorption dans un film ou un livre.
- Une plus grande réceptivité aux suggestions.
- Un outil reconnu dans certains usages médicaux, comme l’anesthésie.
- Une expérience que l’on vit en restant conscient.
Ce qu’elle n’est pas
- Du sommeil.
- Un moyen de vous faire faire n’importe quoi.
- Une machine à retrouver des souvenirs vrais.
- Un remède miracle contre tout.
Deux grandes théories pour l’expliquer
L’état modifié
Pour les théories « de l’état », l’hypnose est un état de conscience particulier, une forme de transe, différent de l’état ordinaire.
Pas d’état spécial
Pour les théories « non étatiques », l’hypnose est plutôt une forme d’effet placebo, une façon de redéfinir la relation avec le thérapeute, ou un rôle que l’on joue avec son imagination.
Pendant l’hypnose, on considère que la personne a une concentration accrue et réagit davantage aux suggestions. La séance commence en général par une induction hypnotique : une série d’instructions et de suggestions préliminaires. Quand on l’utilise pour soigner, on parle d’hypnothérapie. Quand on l’utilise pour divertir un public, on parle d’hypnose de spectacle, souvent pratiquée par des mentalistes.
On peut même dire que la suggestion hypnotique cherche ouvertement à utiliser l’effet placebo. En 1994, le psychologue Irving Kirsch a qualifié l’hypnose de « placebo non trompeur » : une méthode qui utilise la suggestion au grand jour et cherche à en amplifier les effets.
Ce qui est prouvé, et ce qui ne l’est pas
En 2015, l’Inserm a publié un rapport d’évaluation de l’hypnose. C’est ma référence, parce qu’il trie sérieusement le vrai du faux (rapport Inserm 2015).
Anesthésie et intestin irritable
L’hypnose montre un intérêt pendant les opérations, en complément de l’anesthésie, et dans le syndrome de l’intestin irritable.
La douleur
L’hypnose agit surtout sur la dimension émotionnelle de la douleur, sur la façon dont on la vit, plus que sur son intensité.
Tabac et accouchement
Pour arrêter de fumer ou pour l’accouchement, les données sont insuffisantes, voire décevantes.
On lit souvent que l’hypnose « est susceptible de diminuer la douleur aiguë et chronique chez la plupart des individus ». Le rapport de l’Inserm invite à plus de prudence : l’effet porte surtout sur le vécu de la douleur. C’est déjà beaucoup. Mais ce n’est pas une baguette magique.
Mise à jour 2026
En Belgique, le CHU de Liège pratique l’hypnosédation depuis le début des années 1990, sous l’impulsion de la Pr Marie-Elisabeth Faymonville : près de 9 500 interventions chirurgicales y ont été réalisées sous hypnose associée à une anesthésie locale (Daily Science, 2021). C’est l’usage le mieux établi de l’hypnose aujourd’hui.
Hypnose et mémoire : attention danger
Utiliser l’hypnose pour « retrouver » et traiter un traumatisme de l’enfance est très controversé dans la médecine et la psychologie. Les recherches montrent que l’hypnose peut aider à former de faux souvenirs, et qu’elle n’aide pas à se rappeler les événements avec plus de précision.
Pire : une revue publiée en 2025 dans Frontiers in Psychology rappelle que les suggestions hypnotiques peuvent augmenter la confiance d’une personne dans ses propres souvenirs, même quand ils sont faux. On se trompe, et on en est encore plus sûr.

D’où vient le mot hypnose ?
Le mot vient du grec ancien hypnos, « sommeil », et du suffixe -osis. Ou du verbe grec hypnoō, « endormir ». Les mots hypnose et hypnotisme viennent de « neuro-hypnotisme » (sommeil nerveux), des termes créés vers 1820 par Étienne Félix d’Hénin de Cuvillers.
Ils ont été popularisés en anglais vers 1841 par le chirurgien écossais James Braid, à qui on les attribue parfois à tort. Braid s’est inspiré de la pratique de Franz Mesmer et de ses disciples, le « mesmérisme » ou « magnétisme animal ». Mais il expliquait le phénomène tout autrement. Toute cette histoire est racontée dans l’histoire de l’hypnose.
Le paradoxe, c’est que l’hypnose n’a rien à voir avec le sommeil. Le nom est resté, l’erreur aussi.
Les caractéristiques de l’hypnose
Une personne sous hypnose a une attention focalisée et une suggestibilité accrue. Elle semble ne tenir compte que de ce que dit l’hypnotiseur. Elle réagit souvent de façon automatique et peu critique, en ignorant le reste de l’environnement.
Elle peut voir, sentir et percevoir autrement, en accord avec les suggestions, même si elles contredisent ce qui se passe réellement. Les effets ne se limitent pas aux sens : la mémoire et la conscience de soi peuvent aussi être modifiées. Et certaines suggestions peuvent agir après la séance. On parle alors de suggestions post-hypnotiques.
En 1989, dans Trance on Trial, un livre destiné aux juristes, Alan W. Scheflin et le psychologue Jerrold Lee Shapiro notent que plus l’hypnose est « profonde », plus certaines caractéristiques apparaissent, et plus elles sont marquées. Ils en listent une vingtaine :
Attention : c’est une liste descriptive, pas une liste de preuves. « Hypermnésie » et « régression d’âge » ne veulent pas dire que les souvenirs retrouvés sont exacts. On l’a vu plus haut.
Les définitions de l’hypnose
Le psychologue Michael Nash a rassemblé huit définitions de l’hypnose par différents auteurs. Pour lui, l’hypnose est « un cas particulier de régression psychologique ». Voici les autres :
La dissociation
Pierre Janet, vers 1900, puis Ernest Hilgard : l’hypnose comme une séparation de certaines parties de l’activité mentale.
Le rôle
Les psychologues sociaux Sarbin et Coe : l’hypnose est un rôle que l’on joue. On agit « comme si » l’on était hypnotisé.
Le contexte
Theodore X. Barber : l’hypnose s’explique par des facteurs ordinaires, comme la motivation et le fait d’appeler la situation « hypnose ».
L’influence
André Weitzenhoffer : d’abord un état de suggestibilité accrue, puis « une forme d’influence d’une personne sur une autre par le biais de la suggestion ».
La psychanalyse
Gill et Brenman : une « régression au service du moi ».
La relaxation
Edmonston : simplement un état de relaxation.
La biologie
Spiegel et Spiegel : une capacité biologique.
L’état intérieur
Milton Erickson : un état de fonctionnement spécial, tourné vers l’intérieur.
Joe Griffin et Ivan Tyrrell, créateurs de l’approche dite « des besoins humains » (human givens), définissent l’hypnose comme un moyen artificiel d’accéder au sommeil paradoxal, l’état du cerveau où l’on rêve. Pour eux, tout ce qui concentre l’attention met en transe. C’est une théorie séduisante, mais elle reste marginale : elle n’est pas reprise par la recherche dominante.

L’induction hypnotique
L’hypnose commence normalement par une induction. Autrefois, on pensait qu’elle faisait entrer la personne en « transe ». Les théoriciens « non étatiques » y voient plutôt un moyen d’augmenter les attentes, de définir le rôle de chacun et de focaliser l’attention.
L’une des méthodes les plus influentes est la fixation du regard de Braid. Le principe : tenir un objet brillant à 20 ou 40 centimètres au-dessus des yeux, pour fatiguer le regard. La personne fixe l’objet en gardant l’esprit sur cette seule idée. Les pupilles se contractent puis se dilatent. En approchant les doigts des yeux, les paupières finissent souvent par se fermer d’elles-mêmes, avec un petit tremblement. Des variantes de cette méthode sont encore utilisées dans l’échelle de Stanford (SHSS), l’outil de recherche le plus utilisé sur l’hypnose.
Braid a lui-même reconnu que l’induction n’était pas nécessaire dans tous les cas. Et les chercheurs ont constaté qu’en moyenne, elle compte moins qu’on ne le pensait dans l’effet des suggestions. En 1941, Robert White écrivait que neuf techniques sur dix combinaient une posture inclinée, une détente musculaire et une fixation du regard suivie d’une fermeture des yeux.
La suggestion
Au départ, Braid ne parlait pas de « suggestion ». Il parlait de concentrer l’esprit sur une idée dominante. Plus tard, il a insisté sur la suggestion verbale et non verbale, et sur l’auto-hypnose. Puis Hippolyte Bernheim a déplacé l’accent de l’état physique vers la suggestion verbale. Pour lui, le sommeil peut faciliter la suggestion, mais n’est pas nécessaire : c’est la suggestion qui gouverne l’hypnotisme. Cette idée a dominé tout le XXe siècle, au point que certains font de Bernheim le père de l’hypnose moderne.
Aujourd’hui, on utilise des suggestions directes, des suggestions indirectes (demandes, sous-entendus, métaphores), et des suggestions non verbales : images mentales, ton de la voix, gestes. On distingue les suggestions « permissives » et les suggestions « autoritaires ». Deirdre Barrett, de Harvard, note que la recherche utilise surtout des suggestions à effet immédiat, alors que l’hypnothérapie vise des effets durables, et les répète souvent sur plusieurs séances.
Conscient et inconscient
Certains hypnotiseurs pensent que la suggestion s’adresse à l’esprit conscient. D’autres qu’elle parle à « l’inconscient ». Ces notions sont arrivées dans l’hypnose à la fin du XIXe siècle, avec Sigmund Freud et Pierre Janet. Braid et Bernheim, eux, pensaient que les suggestions s’adressaient à l’esprit conscient.
Ces visions opposées ont donné deux styles. Ceux qui misent sur l’inconscient, comme Milton Erickson, utilisent des suggestions indirectes, des métaphores et des histoires. Ceux qui misent sur le conscient, comme Theodore Barber et Nicholas Spanos, préfèrent les instructions directes. L’idée de « suggestion subliminale » vient de la première vision. Elle est, elle aussi, très discutée.
Le réflexe idéo-dynamique
La première théorie neuropsychologique de la suggestion vient de Braid, qui reprend l’idée de son ami William Carpenter : la simple idée d’un mouvement peut suffire à déclencher un petit mouvement réflexe des muscles concernés. Braid l’étend à tout le corps : penser à sucer un citron peut suffire à faire saliver. Il parle d’effet « idéo-dynamique », c’est-à-dire « par la force d’une idée ».
Cette idée a influencé de nombreuses théories, notamment celles de Clark L. Hull, Hans Eysenck et Ernest Rossi. À l’époque, le mot « idée » couvrait toute représentation mentale : images, souvenirs, etc.
Expérience à tester
La force d’une idée
Si vous salivez, vous venez de vivre l’effet idéo-dynamique décrit par Braid et Carpenter. Aucune transe, aucun pouvoir. Juste une idée qui agit sur le corps. C’est la base de beaucoup de numéros d’hypnose de spectacle.
Sommes-nous tous hypnotisables ?
Braid distinguait plusieurs stades d’hypnose. Jean-Martin Charcot aussi : somnambulisme, léthargie et catalepsie. Ambroise-Auguste Liébeault et Hippolyte Bernheim ont ensuite créé des échelles de « profondeur » plus complexes.
Les échelles modernes mesurent la réponse à des suggestions précises, comme la rigidité du bras. Elles classent la sensibilité en « élevée », « moyenne » ou « faible ». On cite souvent ces proportions : environ 80 % de la population moyennement sensible, 10 % très sensible et 10 % peu sensible. Ces chiffres varient selon les échelles utilisées, prenez-les comme un ordre de grandeur. On débat encore pour savoir si la répartition suit une courbe en cloche. Ce qui est plus solide : le score d’hypnotisabilité est très stable au cours de la vie.
Deirdre Barrett a décrit deux profils de personnes très sensibles. Les « imaginatifs » se plongent facilement dans leurs rêveries, avaient souvent des amis imaginaires enfants, et ont grandi avec des parents qui encourageaient le jeu. Les « dissociatifs » ont souvent vécu des traumatismes dans l’enfance et ont appris à s’échapper en se coupant de leurs émotions. Les deux profils obtiennent des scores aussi élevés.
Chez les patients, ce sont les personnes souffrant d’un trouble dissociatif de l’identité qui montrent la plus forte hypnotisabilité, suivies de celles souffrant de stress post-traumatique. Raison de plus pour que l’hypnothérapie soit pratiquée avec prudence, et en lien avec un médecin quand il y a un trouble psychique.

Hypnose, perception et esprit critique
Vivez l’expérience, sans le folklore
En spectacle, je montre la puissance de la suggestion. En entreprise, je montre comment elle agit sur nos décisions de tous les jours, dans ma conférence Au-delà de nos perceptions.
Petit test
Qu’avez-vous retenu ?
1. L’hypnose, c’est une forme de sommeil ?
2. Selon l’Inserm (2015), dans quel domaine l’hypnose a-t-elle montré son utilité ?
3. L’hypnose permet-elle de retrouver des souvenirs exacts ?
4. Qui a popularisé le mot « hypnotisme » vers 1841 ?
Questions fréquentes
Peut-on être hypnotisé contre sa volonté ?
L’hypnose demande la coopération de la personne : si vous refusez de suivre les suggestions, il ne se passe rien. L’image de l’hypnotiseur qui contrôle un esprit vient surtout du cinéma. Mais la suggestion, hypnose ou pas, peut influencer quelqu’un de confiant. C’est pour ça que l’éthique du praticien compte autant que sa technique.
L’hypnose marche-t-elle pour arrêter de fumer ?
Selon le rapport de l’Inserm de 2015, les données sont insuffisantes pour l’affirmer. Méfiez-vous des promesses du type « arrêtez en une séance ».
L’hypnose est-elle dangereuse ?
L’Inserm juge les études rassurantes sur la sécurité. Le vrai risque vient de certaines pratiques, comme la recherche de « souvenirs refoulés », qui peut créer de faux souvenirs, ou d’un praticien qui remplace un traitement médical.
Quelle différence entre hypnose de spectacle et hypnothérapie ?
L’hypnose de spectacle cherche à divertir, avec des volontaires motivés et une mise en scène. L’hypnothérapie vise un bien-être ou un soin, dans un cadre individuel, et devrait toujours compléter la médecine, jamais la remplacer.
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