Histoire de l’hypnose

Les PrĂ©curseurs de l’hypnose

Les gens font des transes de type hypnotique depuis des milliers d’annĂ©es. Dans de nombreuses cultures et religions, elle Ă©tait considĂ©rĂ©e comme une forme de mĂ©ditation. L’hypnose moderne, cependant, a commencĂ© Ă  la fin du 18e siĂšcle et a Ă©tĂ© rendue populaire par Franz Mesmer, un mĂ©decin allemand qui est devenu le pĂšre de « l’hypnose moderne ». En fait, l’hypnose Ă©tait connue sous le nom de « MesmĂ©risme », d’aprĂšs le nom de Mesmer.

 

Mesmer Ă©tait d’avis que l’hypnose Ă©tait une sorte de force mystique qui s’Ă©coule de l’hypnotiseur Ă  la personne hypnotisĂ©e, mais sa thĂ©orie a Ă©tĂ© rejetĂ©e par les critiques qui ont affirmĂ© qu’il n’y avait pas d’Ă©lĂ©ment magique dans l’hypnose.

 

TrĂšs vite, l’hypnose a commencĂ© Ă  faire son chemin dans le monde de la mĂ©decine moderne. L’utilisation de l’hypnose dans le domaine mĂ©dical a Ă©tĂ© rendue populaire par des chirurgiens et des mĂ©decins comme Elliotson et James Esdaile et des chercheurs comme James Braid qui ont contribuĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler les avantages biologiques et physiques de l’hypnose. Selon ses Ă©crits, Braid a commencĂ© Ă  entendre des rapports concernant diverses pratiques mĂ©ditatives orientales peu aprĂšs la parution de sa premiĂšre publication sur l’hypnose, Neurypnology (1843). Il a commencĂ© Ă  discuter de certaines de ces pratiques orientales dans une sĂ©rie d’articles intitulĂ©s Magic, Mesmerism, Hypnotism, etc. Il a Ă©tabli des analogies entre sa propre pratique de l’hypnotisme et diverses formes de mĂ©ditation du yoga hindou et d’autres pratiques spirituelles anciennes, notamment celles qui impliquent un enterrement volontaire et une hibernation humaine apparente. L’intĂ©rĂȘt de Braid pour ces pratiques dĂ©coule de ses Ă©tudes sur le Dabistān-i Mazāhib, « l’École des religions », un ancien texte persan dĂ©crivant une grande variĂ©tĂ© de rituels, croyances et pratiques religieuses orientaux.

 

En mai dernier [1843], un homme rĂ©sidant Ă  Édimbourg, que je ne connaissais pas personnellement et qui rĂ©sidait depuis longtemps en Inde, m’a fait parvenir une lettre exprimant son approbation des opinions que j’avais publiĂ©es sur la nature et les causes des phĂ©nomĂšnes hypnotiques et hypnotiques. Pour corroborer mes vues, il se rĂ©fĂ©rait Ă  ce qu’il avait dĂ©jĂ  observĂ© dans les rĂ©gions orientales et me recommandait de me pencher sur le Dabistan, un livre publiĂ© rĂ©cemment, pour obtenir des preuves supplĂ©mentaires dans le mĂȘme sens. Sur la base de cette recommandation, j’ai immĂ©diatement demandĂ© un exemplaire du Dabistan, dans lequel j’ai trouvĂ© de nombreuses dĂ©clarations corroborant le fait que les saints orientaux sont tous des auto-hypnotiseurs, adoptant des moyens essentiellement identiques Ă  ceux que j’avais recommandĂ©s Ă  des fins similaires.

 

Bien qu’il ait rejetĂ© catĂ©goriquement l’interprĂ©tation transcendantale/mĂ©taphysique donnĂ©e Ă  ces phĂ©nomĂšnes, Braid accepta que ces rĂ©cits de pratiques orientales soutenaient son opinion selon laquelle les effets de l’hypnose pouvaient ĂȘtre produits dans la solitude, sans la prĂ©sence d’une autre personne (comme il l’avait dĂ©jĂ  prouvĂ© Ă  sa propre satisfaction par les expĂ©riences qu’il avait menĂ©es en novembre 1841) ; et il vit des corrĂ©lations entre de nombreuses pratiques orientales « mĂ©taphysiques » et son propre neuro-hypnotisme « rationnel », et rejeta totalement toutes les thĂ©ories des fluides et les pratiques magnĂ©tiques des mesmĂ©ristes. Comme il l’a Ă©crit plus tard :

 

Dans la mesure oĂč les patients peuvent se jeter dans le sommeil nerveux, et manifester tous les phĂ©nomĂšnes habituels du MesmĂ©risme, par leurs propres efforts spontanĂ©s, comme je l’ai prouvĂ© Ă  maintes reprises en les amenant Ă  maintenir un regard fixe et constant en tout point, en concentrant toute leur Ă©nergie mentale sur l’idĂ©e de l’objet regardĂ© ; ou que le mĂȘme phĂ©nomĂšne peut se produire lorsque le patient regarde la pointe de son propre doigt, ou comme les Mages de Perse et les Yogis de l’Inde le pratiquent depuis 2400 ans, Ă  des fins religieuses, se lançant dans leurs transes extatiques en maintenant chacun un regard fixe et constant sur le bout de son propre nez ; il est Ă©vident qu’il n’est pas nĂ©cessaire d’avoir une influence exotĂ©rique pour produire les phĂ©nomĂšnes du MesmĂ©risme. Le grand objectif de tous ces processus est d’induire une habitude d’abstraction ou de concentration de l’attention, dans laquelle le sujet est entiĂšrement absorbĂ© par une idĂ©e, ou un train d’idĂ©es, alors qu’il est inconscient ou indiffĂ©remment conscient de tout autre objet, but ou action.

L’histoire de l’hypnose

Avicenne

Avicenne (980-1037), un mĂ©decin persan, a documentĂ© les caractĂ©ristiques de l’Ă©tat de « transe » (transe hypnotique) en 1027. À cette Ă©poque, l’hypnose en tant que traitement mĂ©dical Ă©tait rarement utilisĂ©e ; le mĂ©decin allemand Franz Mesmer l’a rĂ©introduite au 18e siĂšcle[58].

 

Franz Mesmer

Franz Mesmer (1734-1815) croyait qu’il existe une force magnĂ©tique ou « fluide » appelĂ© « magnĂ©tisme animal » dans l’univers qui influence la santĂ© du corps humain. Il a fait des expĂ©riences avec des aimants pour agir sur ce champ afin de produire une guĂ©rison. Vers 1774, il avait conclu que le mĂȘme effet pouvait ĂȘtre crĂ©Ă© en passant les mains devant le corps du sujet, ce qu’on a appelĂ© plus tard « les passes messianiques ». Le mot « mesmerise », formĂ© Ă  partir du nom de famille de Franz Mesmer, a Ă©tĂ© utilisĂ© intentionnellement pour sĂ©parer les praticiens du mesmĂ©risme des diverses thĂ©ories « fluides » et « magnĂ©tiques » incluses dans l’Ă©tiquette « magnĂ©tisme ».

 

En 1784, Ă  la demande du roi Louis XVI, une commission d’enquĂȘte a commencĂ© Ă  enquĂȘter pour savoir si le magnĂ©tisme animal existait. Parmi les membres de la commission, on trouve le pĂšre fondateur de la chimie moderne, Antoine Lavoisier, Benjamin Franklin, et un expert en contrĂŽle de la douleur, Joseph-Ignace Guillotin. Ils ont enquĂȘtĂ© sur les pratiques d’un Ă©tudiant mĂ©content de Mesmer, un certain Charles d’Eslon (1750-1786), et bien qu’ils aient conclu que les rĂ©sultats de Mesmer Ă©taient valables, leurs expĂ©riences contrĂŽlĂ©es par placebo utilisant les mĂ©thodes de d’Eslon les ont convaincus que le mesmĂ©risme Ă©tait trĂšs probablement dĂ» Ă  la croyance et Ă  l’imagination plutĂŽt qu’Ă  une Ă©nergie invisible (« magnĂ©tisme animal ») transmise par le corps du mesmĂ©riste.

 

En rĂ©digeant l’opinion majoritaire, Franklin a dĂ©clarĂ© « Ce mesmĂ©riste ne laisse rien couler de ses mains que je puisse voir. Par consĂ©quent, ce mesmĂ©risme doit ĂȘtre une fraude ». Mesmer a quittĂ© Paris et est retournĂ© Ă  Vienne pour pratiquer le mesmĂ©risme

 

James Braid

À la suite des conclusions du comitĂ© français, Dugald Stewart, un philosophe universitaire influent de la « Scottish School of Common Sense », a encouragĂ© les mĂ©decins, dans ses ÉlĂ©ments de la philosophie de l’esprit humain (1818), Ă  sauver les Ă©lĂ©ments du MesmĂ©risme en remplaçant la thĂ©orie surnaturelle du « magnĂ©tisme animal » par une nouvelle interprĂ©tation basĂ©e sur les lois de la physiologie et de la psychologie du « bon sens ». Braid cite le passage suivant de Stewart :

 

Il me semble que les conclusions gĂ©nĂ©rales Ă©tablies par la pratique de Mesmer, en ce qui concerne les effets physiques du principe de l’imagination (plus particuliĂšrement dans les cas oĂč ils ont coopĂ©rĂ© ensemble), sont incomparablement plus curieuses que s’il avait rĂ©ellement dĂ©montrĂ© l’existence de sa science vantĂ©e: je ne vois pas non plus de raison valable pour qu’un mĂ©decin, qui admet l’efficacitĂ© de la morale [c’est-Ă -dire Je ne vois pas non plus pourquoi un mĂ©decin, qui admet l’efficacitĂ© des agents moraux [c’est-Ă -dire psychologiques] employĂ©s par Mesmer, devrait, dans l’exercice de sa profession, scruter Ă  copier les procĂ©dĂ©s nĂ©cessaires pour les soumettre Ă  son commandement, pas plus qu’il ne devrait hĂ©siter Ă  employer un nouvel agent physique, comme l’Ă©lectricitĂ© ou le galvanisme.

 

À l’Ă©poque de Braid, la Scottish School of Common Sense a fourni les thĂ©ories dominantes de la psychologie acadĂ©mique, et Braid fait rĂ©fĂ©rence Ă  d’autres philosophes de cette tradition tout au long de ses Ă©crits. Braid a donc rĂ©visĂ© la thĂ©orie et la pratique du MesmĂ©risme et a dĂ©veloppĂ© sa propre mĂ©thode d’hypnotisme comme une alternative plus rationnelle et plus sensĂ©e.

 

Il me semble nĂ©cessaire d’expliquer ici que par le terme d’hypnotisme, ou sommeil nerveux, qui apparaĂźt frĂ©quemment dans les pages suivantes, j’entends une condition particuliĂšre du systĂšme nerveux, dans laquelle il peut ĂȘtre jetĂ© par un artifice, et qui diffĂšre, Ă  plusieurs Ă©gards, du sommeil ordinaire ou de la condition de veille. Je ne prĂ©tends pas que cette condition soit induite par la transmission d’une influence magnĂ©tique ou occulte de mon corps Ă  celui de mes patients ; je ne prĂ©tends pas non plus que mes processus produisent les phĂ©nomĂšnes supĂ©rieurs [c’est-Ă -dire surnaturels] des MesmĂ©ristes. Mes prĂ©tentions sont d’un caractĂšre beaucoup plus humble, et sont toutes conformes aux principes gĂ©nĂ©ralement admis dans la science physiologique et psychologique. L’hypnotisme ne peut donc pas ĂȘtre dĂ©signĂ© inaptement comme Ă©tant le mĂ©ssĂ©risme rationnel, par opposition au mĂ©ssĂ©risme transcendantal des MesmĂ©ristes.

Bien qu’il ait briĂšvement jouĂ© avec le nom de « mesmĂ©risme rationnel », Braid a finalement choisi de souligner les aspects uniques de son approche, en menant des expĂ©riences informelles tout au long de sa carriĂšre afin de rĂ©futer les pratiques qui invoquaient des forces surnaturelles et en dĂ©montrant plutĂŽt le rĂŽle des processus physiologiques et psychologiques ordinaires tels que la suggestion et l’attention focalisĂ©e dans la production des effets observĂ©s.

 

Braid a travaillĂ© en Ă©troite collaboration avec son ami et alliĂ©, l’Ă©minent physiologiste Professeur William Benjamin Carpenter, un des premiers neuropsychologues qui a introduit la thĂ©orie du « rĂ©flexe idĂ©o-motrice » de la suggestion. Carpenter avait observĂ© des cas oĂč l’attente et l’imagination influençaient apparemment le mouvement musculaire involontaire. Un exemple classique du principe idĂ©o-motrice en action est le soi-disant « pendule de Chevreul » (nommĂ© d’aprĂšs Michel EugĂšne Chevreul). Chevreul affirmait que les pendules divinatoires Ă©taient amenĂ©s Ă  osciller par des mouvements musculaires inconscients provoquĂ©s par la seule concentration focalisĂ©e.

 

Braid a rapidement assimilĂ© les observations de Carpenter dans sa propre thĂ©orie, rĂ©alisant que l’effet de la concentration de l’attention Ă©tait de renforcer la rĂ©ponse des rĂ©flexes idĂ©o-motrices. Braid a Ă©tendu la thĂ©orie de Carpenter pour englober l’influence de l’esprit sur le corps de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, au-delĂ  du systĂšme musculaire, et a donc fait rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©ponse « idĂ©o-dynamique » et inventĂ© le terme « psycho-physiologie » pour dĂ©signer l’Ă©tude de l’interaction gĂ©nĂ©rale entre l’esprit et le corps.

 

Dans ses travaux ultĂ©rieurs, Braid a rĂ©servĂ© le terme « hypnotisme » aux cas oĂč les sujets entraient dans un Ă©tat d’amnĂ©sie ressemblant au sommeil. Pour d’autres cas, il parlait d’un principe « mono-idĂ©odynamique » pour souligner que la technique d’induction de la fixation oculaire fonctionnait en rĂ©duisant l’attention du sujet Ă  une seule idĂ©e ou un seul train de pensĂ©e (« monoidĂ©isme »), ce qui amplifiait l’effet de l' »idĂ©e dominante » qui en rĂ©sultait sur le corps du sujet au moyen du principe idĂ©o-dynamique.

L’histoire de l’hypnose

Hystérie contre suggestion

Pendant plusieurs dĂ©cennies, l’Ɠuvre de Braid est devenue plus influente Ă  l’Ă©tranger que dans son propre pays, Ă  l’exception d’une poignĂ©e de disciples, notamment le Dr John Milne Bramwell. L’Ă©minent neurologue Dr George Miller Beard a fait connaĂźtre les thĂ©ories de Braid en AmĂ©rique. Entre-temps, ses travaux ont Ă©tĂ© traduits en allemand par William Thierry Preyer, professeur de physiologie Ă  l’universitĂ© d’IĂ©na. Le psychiatre Albert Moll a ensuite poursuivi ses recherches en Allemagne, en publiant Hypnotism en 1889. La France est devenue le centre d’Ă©tude des idĂ©es de Braid aprĂšs que l’Ă©minent neurologue Dr Étienne EugĂšne Azam ait traduit en français le dernier manuscrit de Braid (On Hypnotism, 1860) et prĂ©sentĂ© les recherches de Braid Ă  l’AcadĂ©mie française des sciences. À la demande d’Azam, de Paul Broca et d’autres, l’AcadĂ©mie des sciences française, qui avait enquĂȘtĂ© sur le mesmĂ©risme en 1784, a examinĂ© les Ă©crits de Braid peu aprĂšs sa mort.

 

L’enthousiasme d’Azam pour l’hypnotisme a influencĂ© Ambroise-Auguste LiĂ©beault, un mĂ©decin de campagne. Hippolyte Bernheim a dĂ©couvert la clinique d’hypnothĂ©rapie de groupe extrĂȘmement populaire de LiĂ©beault et est devenu par la suite un hypnotiseur influent. L’Ă©tude de l’hypnose a ensuite tournĂ© autour du dĂ©bat acharnĂ© entre Bernheim et Jean-Martin Charcot, les deux figures les plus influentes de l’hypnose de la fin du XIXe siĂšcle.

 

Charcot dirigeait une clinique Ă  l’hĂŽpital de la PitiĂ©-SalpĂȘtriĂšre (appelĂ©e ainsi « École de Paris » ou « École de la SalpĂȘtriĂšre »), tandis que Bernheim avait une clinique Ă  Nancy (appelĂ©e « École de Nancy »). Charcot, qui Ă©tait plus influencĂ© par les MesmĂ©ristes, soutenait que l’hypnotisme Ă©tait un Ă©tat anormal de fonctionnement nerveux que l’on ne trouvait que chez certaines femmes hystĂ©riques. Il affirmait qu’il se manifestait par une sĂ©rie de rĂ©actions physiques qui pouvaient ĂȘtre divisĂ©es en Ă©tapes distinctes. Bernheim a soutenu que n’importe qui pouvait ĂȘtre hypnotisĂ©, que c’Ă©tait une extension du fonctionnement psychologique normal, et que ses effets Ă©taient dus Ă  la suggestion. AprĂšs des dĂ©cennies de dĂ©bat, le point de vue de Bernheim dominait. La thĂ©orie de Charcot n’est plus qu’une curiositĂ© historique.

 

Pierre Janet

Pierre Janet (1859-1947) a rapportĂ© des Ă©tudes sur un sujet hypnotique en 1882. Charcot le nomme ensuite directeur du laboratoire de psychologie de la SalpĂȘtriĂšre en 1889, aprĂšs que Janet ait terminĂ© son doctorat, qui portait sur l’automatisme psychologique. En 1898, Janet est nommĂ© professeur de psychologie Ă  la Sorbonne, et en 1902, il devient titulaire de la chaire de psychologie expĂ©rimentale et comparĂ©e au CollĂšge de France[65]. Janet rĂ©concilie certains Ă©lĂ©ments de ses vues avec celles de Bernheim et de ses disciples, en dĂ©veloppant sa propre psychothĂ©rapie hypnotique sophistiquĂ©e, basĂ©e sur le concept de dissociation psychologique, qui, au tournant du siĂšcle, rivalise avec la tentative de Freud de fournir une thĂ©orie plus complĂšte de la psychothĂ©rapie.

 

Sigmund Freud

Sigmund Freud (1856-1939), le fondateur de la psychanalyse, a Ă©tudiĂ© l’hypnotisme Ă  l’École de Paris et a briĂšvement visitĂ© l’École de Nancy.

 

Au dĂ©but, Freud Ă©tait un partisan enthousiaste de l’hypnothĂ©rapie. Il « hypnotise d’abord les patients et appuie sur leur front pour les aider Ă  se concentrer tout en essayant de rĂ©cupĂ©rer des souvenirs (soi-disant) refoulĂ©s », et il commence bientĂŽt Ă  mettre l’accent sur la rĂ©gression hypnotique et la rĂ©action ab (catharsis) comme mĂ©thodes thĂ©rapeutiques. Il a Ă©crit un article d’encyclopĂ©die favorable sur l’hypnotisme, traduit en allemand l’un des ouvrages de Bernheim et publiĂ© avec son collĂšgue Joseph Breuer une sĂ©rie d’Ă©tudes de cas influentes intitulĂ©es Studies on Hysteria (1895). Ce texte est devenu le texte fondateur de la tradition qui a suivi, connue sous le nom d' »hypno-analyse » ou « hypnothĂ©rapie de rĂ©gression ».

 

Cependant, Freud abandonne progressivement l’hypnotisme au profit de la psychanalyse, en mettant l’accent sur la libre association et l’interprĂ©tation de l’inconscient. Luttant contre la grande dĂ©pense de temps qu’exigeait la psychanalyse, Freud suggĂ©ra plus tard qu’elle pourrait ĂȘtre combinĂ©e Ă  la suggestion hypnotique pour accĂ©lĂ©rer le rĂ©sultat du traitement, mais que cela affaiblirait probablement le rĂ©sultat : « Il est trĂšs probable aussi que l’application de notre thĂ©rapie aux nombres nous obligera Ă  allier abondamment l’or pur de l’analyse avec le cuivre de la suggestion [hypnotique] directe ».

 

Cependant, seule une poignĂ©e de disciples de Freud Ă©taient suffisamment qualifiĂ©s en hypnose pour tenter la synthĂšse. Leurs travaux ont eu une influence limitĂ©e sur les approches hypno-thĂ©rapeutiques connues aujourd’hui sous les noms de « rĂ©gression hypnotique », « progression hypnotique » et « hypno-analyse ».

L’histoire de l’hypnose

Émile CouĂ©

 

Émile CouĂ© a dĂ©veloppĂ© l’autosuggestion comme technique psychologique.

Plus d’informations : Autosuggestion

Émile CouĂ© (1857-1926) a assistĂ© Ambroise-Auguste LiĂ©beault pendant environ deux ans Ă  Nancy. AprĂšs avoir pratiquĂ© pendant plusieurs mois l' »hypnose » de LiĂ©beault et l’Ă©cole de Nancy de Bernheim, il abandonne complĂštement leur approche. Plus tard, CouĂ© dĂ©veloppe une nouvelle approche (c.1901 ) basĂ©e sur l' »hypnotisme » de type tresse, la suggestion hypnotique directe et le renforcement de l’ego, qui a fini par ĂȘtre connue sous le nom de La mĂ©thode CouĂ©[68]. Selon Charles Baudouin, CouĂ© a fondĂ© ce qui est devenu la New Nancy School, une collaboration informelle de praticiens qui ont enseignĂ© et promu ses vues. 70] La mĂ©thode de CouĂ© ne mettait pas l’accent sur le « sommeil » ou la relaxation profonde, mais se concentrait plutĂŽt sur l’autosuggestion impliquant une sĂ©rie spĂ©cifique de tests de suggestion. Bien que CouĂ© ait affirmĂ© qu’il n’utilisait plus l’hypnose, des adeptes comme Charles Baudouin considĂ©raient son approche comme une forme d’auto-hypnose lĂ©gĂšre. La mĂ©thode de CouĂ© est devenue une technique d’auto-assistance et de psychothĂ©rapie renommĂ©e, qui contrastait avec la psychanalyse et prĂ©figurait l’auto-hypnose et la thĂ©rapie cognitive.

 

Clark L. Hull

Le dĂ©veloppement majeur suivant est venu de la psychologie comportementale dans la recherche universitaire amĂ©ricaine. Clark L. Hull (1884-1952), un Ă©minent psychologue amĂ©ricain, a publiĂ© la premiĂšre compilation majeure d’Ă©tudes de laboratoire sur l’hypnose, l’hypnose et la suggestibilitĂ© (1933), dans laquelle il a prouvĂ© que l’hypnose et le sommeil n’avaient rien en commun. Hull a publiĂ© de nombreux rĂ©sultats quantitatifs issus d’expĂ©riences d’hypnose et de suggestion et a encouragĂ© les recherches des psychologues traditionnels. L’interprĂ©tation de l’hypnose par la psychologie comportementale de Hull, qui met l’accent sur les rĂ©flexes conditionnĂ©s, rivalise avec l’interprĂ©tation psycho-dynamique freudienne qui met l’accent sur le transfert inconscient.

 

Dave Elman

Bien que Dave Elman (1900-1967) ait Ă©tĂ© un animateur radio, un comĂ©dien et un auteur-compositeur de renom, il s’est Ă©galement fait un nom en tant qu’hypnotiseur. Il a dirigĂ© de nombreux cours pour les mĂ©decins et a Ă©crit en 1964 le livre Findings in Hypnosis, qui sera plus tard rebaptisĂ© Hypnotherapy (publiĂ© par Westwood Publishing). L’aspect le plus connu de l’hĂ©ritage d’Elman est peut-ĂȘtre sa mĂ©thode d’induction, conçue Ă  l’origine pour le travail de vitesse et adaptĂ©e par la suite Ă  l’usage des professionnels de la santĂ©.

 

Milton Erickson

Milton Erickson (1901-1980), prĂ©sident fondateur de l’American Society for Clinical Hypnosis et membre de l’American Psychiatric Association, de l’American Psychological Association et de l’American Psychopathological Association, a Ă©tĂ© l’un des hypnothĂ©rapeutes les plus influents de l’aprĂšs-guerre. Il a Ă©crit plusieurs livres et articles de journaux sur le sujet. Au cours des annĂ©es 1960, Erickson a popularisĂ© une nouvelle branche de l’hypnothĂ©rapie, connue sous le nom de thĂ©rapie ericksonienne, caractĂ©risĂ©e principalement par la suggestion indirecte, la « mĂ©taphore » (en fait des analogies), les techniques de confusion et les doubles liaisons en lieu et place des inductions hypnotiques formelles. Cependant, la diffĂ©rence entre les mĂ©thodes d’Erickson et l’hypnose traditionnelle a conduit des contemporains tels qu’AndrĂ© Weitzenhoffer Ă  se demander s’il pratiquait vraiment l' »hypnose », et son approche reste remise en question.

 

Erickson n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  prĂ©senter tout effet suggĂ©rĂ© comme Ă©tant de l' »hypnose », que le sujet soit ou non dans un Ă©tat hypnotique. En fait, il n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  faire passer un comportement douteusement hypnotique pour hypnotique.

 

Mais au cours de nombreuses rencontres tĂ©moignĂ©es et enregistrĂ©es dans des contextes cliniques, expĂ©rimentaux et universitaires, Erickson a pu Ă©voquer des exemples de phĂ©nomĂšnes hypnotiques classiques tels que les hallucinations positives et nĂ©gatives, l’anesthĂ©sie, l’analgĂ©sie (lors de l’accouchement et mĂȘme en phase terminale du cancer), la catalepsie, la rĂ©gression vers des Ă©vĂ©nements prouvables dans la premiĂšre enfance des sujets et mĂȘme vers la rĂ©flexologie infantile. Erickson a dĂ©clarĂ© dans ses propres Ă©crits qu’il n’y avait pas de corrĂ©lation entre la profondeur de l’hypnose et le succĂšs thĂ©rapeutique et que la qualitĂ© de la psychothĂ©rapie appliquĂ©e l’emportait sur la nĂ©cessitĂ© d’une hypnose profonde dans de nombreux cas. La profondeur hypnotique devait ĂȘtre recherchĂ©e Ă  des fins de recherche.

 

Cognitif-comportemental

Dans la seconde moitiĂ© du 20e siĂšcle, deux facteurs ont contribuĂ© au dĂ©veloppement de l’approche cognitivo-comportementale de l’hypnose :

 

Les thĂ©ories cognitives et comportementales de la nature de l’hypnose (influencĂ©es par les thĂ©ories de Sarbin et de Barber) sont devenues de plus en plus influentes.

Les pratiques thĂ©rapeutiques de l’hypnothĂ©rapie et diverses formes de thĂ©rapie cognitivo-comportementale se chevauchent et s’influencent mutuellement.

Bien que les thĂ©ories cognitivo-comportementales de l’hypnose doivent ĂȘtre distinguĂ©es des approches cognitivo-comportementales de l’hypnothĂ©rapie, elles partagent des concepts, une terminologie et des hypothĂšses similaires et ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©es par des chercheurs et des cliniciens influents tels qu’Irving Kirsch, Steven Jay Lynn et d’autres.

 

Au dĂ©but de la thĂ©rapie cognitivo-comportementale dans les annĂ©es 1950, l’hypnose a Ă©tĂ© utilisĂ©e par les premiers thĂ©rapeutes du comportement comme Joseph Wolpe et aussi par les premiers thĂ©rapeutes cognitifs comme Albert Ellis. Barber, Spanos et Chaves ont introduit le terme « cognitivo-comportemental » pour dĂ©crire leur thĂ©orie « non Ă©tatique » de l’hypnose dans l’hypnose, l’imagination et les potentialitĂ©s humaines. Cependant, Clark L. Hull avait introduit une psychologie comportementale dĂšs 1933, prĂ©cĂ©dĂ©e Ă  son tour par Ivan Pavlov. En effet, les premiĂšres thĂ©ories et pratiques de l’hypnose, mĂȘme celles de Braid, ressemblent Ă  certains Ă©gards Ă  l’orientation cognitivo-comportementale.

Vous pourriez aussi aimer: