Le mentalisme : magie ou sciences cognitives ?

Mentalisme et cerveau

Un mentaliste semble lire dans vos pensées. En réalité, il lit autre chose : les failles de votre perception.

Le mentalisme est un art du spectacle. Le mentaliste donne l’impression d’avoir des capacités mentales hors normes. Sur scène, on croit voir de l’hypnose, de la télépathie, de la clairvoyance, de la divination, de la prédiction, de la psychokinésie, de la médiumnité, du contrôle de l’esprit, des exploits de mémoire, de la déduction ou du calcul mental express.

Alors, magie ou science ? Ma réponse de mentaliste : les deux. La méthode vient de la magie. Et ce qu’elle exploite, les chercheurs en sciences cognitives l’étudient depuis près de vingt ans.

Je ne lis pas dans les pensées. Je montre à quel point notre cerveau peut se tromper, tout en étant sûr de lui.

Affiche ancienne d'un spectacle de lecture de pensées

On range parfois les mentalistes parmi les « amuseurs psychiques ». Cette famille regroupe aussi d’autres artistes qui ne sont pas des mentalistes, comme les liseurs de pensées de foire ou les adeptes de la « bizarre magick », une magie qui joue sur l’étrange et le mystère.

Magie ou sciences cognitives : ma réponse en deux colonnes

Ce que fait vraiment un mentaliste

  • Il utilise des techniques de magie : prédictions, forçages, codes, passe-passe.
  • Il guide votre attention là où il veut, et loin de là où se passe le secret.
  • Il observe, il déduit et il joue avec les probabilités.
  • Il s’appuie sur des failles du cerveau que la science a mesurées : attention sélective, cécité au choix, faux sentiment de liberté.
  • Il raconte une histoire. La mise en scène fait la moitié de l’effet.

Ce qu’il ne fait pas

  • Lire réellement dans vos pensées.
  • Communiquer avec les morts.
  • Voir l’avenir.
  • Déplacer des objets par la pensée.
  • Vous contrôler contre votre volonté.

L’histoire du mentalisme

Une grande partie des numéros modernes vient directement des « tests » de pouvoirs surnaturels des médiums, spirites et voyants du XIXe siècle. Mais l’histoire remonte plus loin. On trouve des voyants et des oracles chez les Grecs anciens et dans l’Ancien Testament. Pour les magiciens, l’une des plus anciennes démonstrations de mentalisme connues est celle de Girolamo Scotto, diplomate et pionnier des tours de magie, en 1572.

AntiquitéOracles et voyants chez les Grecs, récits dans l’Ancien Testament.
1572Girolamo Scotto présente une démonstration souvent citée comme l’un des plus anciens numéros de mentalisme.
XIXe siècleMédiums et spirites font des « tests » de pouvoirs en public. Les mentalistes reprendront leurs méthodes.
XXe siècleJoseph Dunninger et Theodore Annemann présentent leurs effets comme de vrais pouvoirs. Chan Canasta et David Berglas laissent le public décider.
2000-2010Derren Brown change la donne : il annonce qu’il n’a aucun pouvoir et parle de psychologie, de suggestion et de mise en scène.
2008Des chercheurs, dont Gustav Kuhn, appellent à une « science de la magie » : utiliser les tours pour étudier l’attention et la perception.
2015-2025Les expériences se multiplient en laboratoire : forçage de cartes, cécité au choix, attention détournée.

Le spectacle de mentalisme mélange ces principes avec les outils de la magie de scène ou de rue : passe-passe, feintes et détournement d’attention.

Trois façons de présenter le mentalisme

01

« J’ai un pouvoir »

Les artistes traditionnels, comme Dunninger ou Annemann, attribuaient leurs résultats à des capacités surnaturelles ou psychiques. C’est un rôle de scène.

02

« C’est de la psychologie »

Des artistes comme Derren Brown parlent de langage du corps, de suggestion et de psychologie. Il prévient aussi le public qu’il mélange magie, suggestion et mise en scène.

03

« À vous de juger »

Chan Canasta ou David Berglas ne revendiquaient rien. Ils laissaient le public se faire son idée.

Beaucoup de mentalistes jouent aussi dans la rue, devant des passants choisis au hasard. Certains, comme Derren Brown, disent avant le tour que tout est illusion et qu’ils ne lisent pas vraiment les pensées. Ce choix fait débat dans le milieu. Une partie des mentalistes veut que le public croie que c’est « réel ». D’autres pensent qu’il n’est pas correct de mentir au spectateur sur ce point.

Mon avis est clair : je suis dans le deuxième camp. Le public vient pour être trompé, c’est le contrat du spectacle. Mais le jour où l’on fait croire à un vrai pouvoir, on ne fait plus du spectacle. On fait de la manipulation. C’est pour ça que j’explique toujours, à la fin, que tout ce qu’on a vu est de l’illusion.
Mathieu Grant sur scène pendant son spectacle de mentalisme Transmission

Mentaliste ou magicien ?

En général, les mentalistes ne mélangent pas les tours de magie « classiques » avec leurs exploits mentaux. Sinon, le public relie le mentalisme aux trucs de scène des magiciens. Beaucoup de mentalistes disent même qu’ils ne sont pas magiciens du tout, et que c’est un autre art.

Leur argument : le mentalisme joue sur une croyance. Bien présenté, il paraît « réel ». Que ce soit un pouvoir psychique, une mémoire photographique, un talent de « calculatrice humaine », le pouvoir de suggestion ou la PNL. Le mentalisme joue sur les sens du spectateur et sur ce qu’il croit comprendre du truc.

Les magiciens, eux, demandent au public de mettre son incrédulité de côté et de laisser jouer son imagination. Ils assument d’être des tricheurs et des amuseurs. Tout le monde sait qu’ils ne coupent pas vraiment une personne en deux.

Beaucoup de magiciens mélangent pourtant les deux. Une lecture de pensée peut finir par l’échange magique de deux objets. On appelle souvent ces tours hybrides la « magie mentale ». Parmi les magiciens qui la pratiquent : David Copperfield, David Blaine, The Amazing Kreskin et Dynamo. Parmi les mentalistes qui mélangent magie et mentalisme : The Amazing Kreskin, Richard Osterlind, David Berglas, Derren Brown et Joseph Dunninger.

Si vous voulez aller plus loin sur la différence, je détaille tout dans c’est quoi un magicien mentaliste et dans l’illusionnisme, l’art de créer des illusions.

Ce que la science a découvert grâce aux mentalistes

En 2008, trois chercheurs, Gustav Kuhn, Alym Amlani et Ronald Rensink, ont proposé une idée simple : les magiciens connaissent depuis des siècles des failles de l’attention que les scientifiques découvrent à peine. Pourquoi ne pas étudier leurs tours ? Depuis, on parle de « science de la magie ». Gustav Kuhn en a même tiré un livre en 2019, Experiencing the Impossible (MIT Press).

1999

Le gorille invisible

Daniel Simons et Christopher Chabris demandent de compter des passes de ballon. Une personne déguisée en gorille traverse l’écran. Une grande partie des gens ne la voit pas. C’est l’attention sélective.

2005

La cécité au choix

Petter Johansson et Lars Hall font choisir un visage entre deux photos. Avec une technique de magicien, ils échangent la photo. Seuls 26 % des gens voient l’échange. Les autres justifient un choix qu’ils n’ont pas fait (Scientific American).

2015

Le faux libre choix

Jay Olson et ses collègues étudient un forçage de carte classique. Le magicien obtient la carte voulue dans 98 % des cas. Seuls 9 % des participants remarquent qu’on les a influencés.

Mise à jour 2026

Ces expériences sont le cœur de mon travail. Sur scène, elles font rire et bluffer. En entreprise, elles posent une question plus sérieuse : si l’on peut choisir une carte sans être libre, qu’en est-il de nos décisions au bureau ?

Le test de l’attention sélective de Daniel Simons et Christopher Chabris (chaîne officielle de Daniel Simons). Faites-le avant de lire la suite.

Expérience à tester

Vérifiez votre propre attention

1Lancez la vidéo ci-dessus, en plein écran.
2Comptez les passes des joueurs en blanc. Rien d’autre.
3À la fin, demandez-vous : ai-je vu quelque chose d’inhabituel ?

Si vous avez raté l’essentiel, bienvenue au club. C’est exactement ce que j’utilise sur scène : votre attention est un projecteur. Là où il n’éclaire pas, tout peut arriver.

Du spectacle à l’entreprise

C’est pour ça que j’ai créé ma conférence en entreprise Au-delà de nos perceptions. Elle mélange psychologie, illusion et neurosciences. Je ne décris pas les biais cognitifs avec des slides. Je les déclenche en direct, sur vos équipes.

01

Décision

On croit choisir librement. Un forçage de carte prouve le contraire en dix secondes.

La conférence →

02

Management

Deux personnes voient la même scène et racontent deux histoires. Utile avant le prochain entretien annuel.

Les thèmes →

03

Esprit critique

Repérer quand on se fait avoir, par un mentaliste, une info ou une intuition trop sûre d’elle.

En savoir plus →

Vous cherchez plutôt un moment de pur spectacle ? Voyez mon spectacle de mentalisme interactif Transmission ou mes animations de magie pour entreprise.

Conférence pour entreprises

Au-delà de nos perceptions

Une heure où vos équipes découvrent, en le vivant, comment leur cerveau décide à leur place. Psychologie, illusion et neurosciences, sans jargon.

Petit test

Qu’avez-vous retenu ?

1. Un mentaliste peut-il vraiment lire dans les pensées ?

2. Dans l’étude de 2015 sur le forçage de carte, combien de participants ont remarqué qu’on les influençait ?

3. Quel mentaliste annonce au public qu’il n’a aucun pouvoir ?

4. Dans l’expérience de la cécité au choix, que font la plupart des gens ?

Questions fréquentes

Le mentalisme, c’est de la magie ou de la science ?

Les méthodes viennent de la magie : forçages, codes, passe-passe, détournement d’attention. Mais ce qu’elles exploitent, ce sont des failles de la perception que les sciences cognitives étudient en laboratoire depuis 2008 sous le nom de « science de la magie ».

Un mentaliste utilise-t-il vraiment la psychologie ?

Oui, pour guider l’attention, observer et influencer un choix. Mais pas au sens d’un super-pouvoir. Beaucoup d’effets reposent aussi sur des techniques de magie que le public ne soupçonne pas.

Quelle différence entre un mentaliste et un magicien ?

Le magicien montre l’impossible avec des objets. Le mentaliste montre l’impossible avec l’esprit : pensées, choix, prédictions. Beaucoup d’artistes, comme moi, mélangent les deux.

Pourquoi faire venir un mentaliste en entreprise ?

Parce qu’il fait vivre les biais cognitifs au lieu de les expliquer. Dans ma conférence Au-delà de nos perceptions, vos équipes vivent l’erreur, puis on en tire des leçons sur la décision, le management et la communication.

Vous pourriez aussi aimer: